Après-crise : après-midi en rose

Dimanche de la mi-juin. Après un hiver d’hibernation et un printemps de confinement, les Montréalais redécouvrent dans les parcs les joies toutes simples de la vie d’avant : air, soleil et crème glacée. L’atmosphère est bon enfant sur les rives du canal de Lachine qui a retrouvé sa marée des beaux jours.

La carcasse de la Canada Malting tatouée de graffitis dresse une toile de fond Street Art à la scène champêtre urbaine. Un groupe de jazz en shorts fait revivre les standards des grands maîtres, ti-gars du quartier Saint-Henri. Le solo de trombone étire ses notes, tranquille. Les jambes prennent leurs aises. Le deux-mètres prescrit perd du terrain.

Là-haut, sur la crête des silos, une pimpante cahute s’agrippe à la falaise de briques. Œuvre anonyme d’un artiste téméraire, elle a fleuri sur les décombres. À ses fenêtres aux volets verts sont accrochées des jardinières de géraniums en plastique. Elle est rose. Rose bonbon, rose cucu, comme l’espoir de jours meilleurs, comme le bonheur perdu.

Au pied des silos, un camion de crème glacée lui fait écho. Rose, lui aussi. Le rose bubblegum de l’Amérique heureuse et lointaine de Donald Duck. Sur la paroi d’un conteneur, un cornet Dairy Queen tire-bouchonne sa crème molle à 5 cents, saupoudrée de pépites fluo.

Les prix ont bien changé, mais les saveurs à la craie au tableau du Riverside n’ont pas pris une ride : choco menthe, pistache, vanille… Extra de 0,50 $ pour les Froot Loops. Faits maison. Les temps ont changé.

Pour la dame, ce sera cerise, une boule dans le cornet sucré que lui tend une main gantée.  

Distraite par une bouffée d’enfance, elle a oublié de mettre son masque. Elle a pu accompagner son merci d’un grand sourire. Comme avant. 

texte et photos © Michel Lopez         collaboration © Monique Joly