ALLEZ LES BLEUS !

15 juillet 2018 au bar l’Barouf, à Montréal. Après un match intense, l’équipe de France remporte la Coupe du monde de football contre la Croatie par le score impressionnant de 4 à 2. 

Dans le plus célèbre café français de la ville, l’ambiance est à la fois tendue et festive. À l’intérieur, des lève-tôt scandent fièrement le surnom de leurs joueurs fétiches. Dehors, une foule s’agglutine devant des écrans géants. Les râleurs pestent contre les supporteurs trop grands. De l’autre côté de la rue, les curieux et les retardataires admirent le spectacle de la masse qui commente le match à coups de cris et d’applaudissements.

Dans l’espoir de rallier le dieu du foot à leur cause, les fans des Bleus proclament bravement leur foi. Drapeau français à perte de vue, peintures faciales dignes de la préhistoire et chansons d’encouragement dirigées par des chefs d’orchestre amateurs du premier étage du bar. La Marseillaise résonne si souvent qu’on croirait la France sur le pied de guerre. Le coup de sifflet final déclenche les festivités sous les feux des innombrables cellulaires.

Dans l’espace de quelques minutes, la foule en délire envahit la rue Saint-Denis. Sous les yeux bienveillants de la police, les fans dansent, chantent et sautent avec une énergie digne de la signature de l’armistice. Des quatre coins du carrefour, d’autres supporteurs débarquent pour prêter main-forte et transformer la rue en un joyeux carnaval improvisé. Puis, sous un soleil incandescent, les fidèles s’agenouillent devant la réplique d’une coupe attendue depuis vingt ans et rendent grâce aux valeureux guerriers du foot dans un tintamarre de claquement de mains. Ceux qui doivent quitter la grand-messe partent proclamer la bonne nouvelle dans les rues de la ville, armés de solides étendards et de puissants klaxons.  

« Qui ne saute pas en l’air n’est pas Français ! », lance un meneur de claques. En 1998, haut comme trois ballons, j’acclamais sur les épaules de mon père la victoire de la France contre le Brésil. Aujourd’hui encore, je ne touche plus terre. Allez les Bleus ! 

texte et images © Étienne Joly-Lopez