Izamal : misa dominical

Les évangélistes américains lancent des raids de conversions massives en Amérique latine. Mais, la bonne vieille Église catholique fait toujours des miracles à Izamal, la « ville jaune », endormie à 70 kilomètres à l’est de Mérida, dans l’état mexicain du Yucatan.

Dimanche matin. Le clocher colonial appelle à la grand-messe au Convento San Antonio de Padua, érigé en 1549 sur les fondations du temple Ppapol Chac. Les mains au ciel devant l’autel, le prêtre au profil aquilin maya se lance : « Gloria a Dios en el cielo, y en la tierra paz a los hombres que ama el Senor ». L’accent du Yucatan est solide ; la sono nasillarde fait rebondir l’écho de la litanie sur toutes les arches. Je retrouve l’intonation monocorde des paroles d’Évangile qui résonnaient dans l’église de mon enfance à Savigny, en Haute-Savoie. L’éternelle messe, doublée en espagnol.

L’Église qui rejoue sa pièce depuis la nuit des temps fait encore salle comble à Izamal. Au Québec, la messe semble interdite aux moins de 75 ans. Ici, l’ambiance est familiale, comme dans les bonnes années soixante sur le 45e parallèle. Des mémés indiennes en broderies traditionnelles, de jeunes mamans basanées hautes comme trois pommes, avec leur bébé accroché au cou, des gamins endimanchés qui se dandinent sur leur banc, des ados qui font la queue pour la confesse, des hommes qui retiennent leurs bâillements pendant le sermon, comme mon grand-père Joseph autrefois.

« Corderos de Dios que quitas el pecado del mundo, ten piedad de nosostros. » Je m’étonne. J’ai déjà vu ce cordero dans la section grillades des menus. J’allume : le Cordero de Dios, c’est le cousin de notre Agneau de Dieu. Fils de Dieu ou côtelette, la différence est dans la majuscule.

Le grand prêtre maya enchaîne : « Dios todo poderoso tenga misericordia de nosotros, perdone nuestros pecados y nos lleve a la vida eterna ». En pleine communion d’esprit, nous répondons dans un espagnol impeccable : « Amen ». Pour le reste, nous surveillons les autres fidèles du coin de l’œil. Assis, à genoux, debout, signe de croix, quelques pesos dans la corbeille de la quête. Soudain, chacun embrasse son voisin ou lui serre la pince. Comme ma voisine est une mémé indienne, je limite l’effusion à une chaleureuse poignée de main. Un beau moment d’humanité.

Avant l’Eucharistie, quatre jeunes guitaristes proprets entonnent un cantique revisité. Esprit malveillant, je repense aux ritournelles pop de l’Église des années soixante-dix et au Dominique, nique nique de Sœur Sourire. Puis, je me laisse emporter. Les accords mariachis et la mélodie de l’espagnol font courir un frisson sur ma peau de Lopez. 

Mon regard brouillé d’émotion suit les notes qui s’envolent vers la voûte inondée de soleil. Je cligne des yeux pour dissiper une vision. Dans cet espace plus près du ciel, un oiseau plane. El Espiritu ?

texte et images © Michel Lopez          collaboration © Monique Joly