Illuminés de Noël: Brooklyn, New York

16 h 30. Un soleil pâlot éclaire une dernière fois les deux tambours-majors de Casse-Noisette qui gardent l’entrée d’une demeure de Dyker Heights. Dans une demi-heure, un feu d’artifice électrique embrasera les rues paisibles de ce quartier du sud-ouest de Brooklyn. Les compteurs affolés feront défiler leurs kilowatts à la vitesse de la lumière.

À une heure de métro des cascades de néons de Times Square, les illuminations festives de Dyker Heights attirent des touristes du monde entier.

L’étincelle jaillit dans les années 1980. Une Brooklynoise, illuminée par la magie de Noël, décore sa maison avec l’exubérance dont seuls les Italiens ont le secret. L’entourage d’abord atterré relève le défi, galvanisé par l’instinct du voisin gonflable. Toujours plus gros, toujours plus cher, tel est la devise olympique des banlieues d’Amérique du Nord.

Dans les rues périphériques, les décorations sont faites maison. La guirlande fait son possible le long des balcons. Sur certains parterres, le Père Noël et le bonhomme de neige se font bousculer par Batman, Spider Man, les Simpson et Captain America.

La nuit devient vraiment glamour à l’approche du quadrilatère délimité par les 82e et 85e rues et les 10e et 13e avenues. Tous les guides sur New York le mentionnent.

Dans ce quartier, les proprios ne risquent pas leur vie chèrement assurée au sommet d’une échelle pour accrocher leurs loupiotes : ils font faire. Quelques firmes de décorateurs rivalisent d’ingéniosité pour en mettre plein la vue.

Comme dans toutes les banlieues m’as-tu-vu, le Mc Manoir du nouveau riche brille de tous ses feux.

Le bon goût est quand même au rendez-vous. D’élégantes demeures de style victorien font revivre les Noëls de Dickens et la magie de Casse-Noisette. Le monochrome de leurs guirlandes fait un écrin à la richesse des costumes.

Les gardes font une haie d’honneur sur le parvis de l’entrée. Une ballerine automate fait des pointes sur le parterre.

À quelques rues de là, des barons de l’import-export se prennent pour des princes florentins. Les parterres de leurs pseudo-palais sont peuplés de sculptures de lions rugissants et d’aigles impériaux. Les décorateurs n’ont eu qu’à ajouter du glaçage lumineux sur ce bestiaire arrogant.

Tout près, un autre adepte de l’ostentatoire mise sur l’abondance pour impressionner la galerie. Son voisin a un seul Père Noël, un bonhomme de neige, un garde de Casse-Noisette ? Et bien, il lève une armée complète pour envahir la rue. America !

Au beau milieu de cette orgie païenne, le promeneur nostalgique déniche une crèche à l’ancienne et souhaite joyeux Noël à ses enfants.

Il y a plus de 2000 ans, le divin enfant naissait dans une modeste étable éclairée par une seule chandelle. Mais dans le ciel, brillaient des millions d’étoiles.

Latitudes vous souhaite de joyeuses Fêtes et une belle nouvelle année.

texte et images © Michel Lopez et Étienne Joly-Lopez   collaboration © Monique Joly