Floride : Fisco-bateaux

Après les bateaux-clodos qui cultivent la moule zébrée sur les chics plans d’eau de la Floride, voici les fisco-bateaux, méga-yachts des nantis qui jettent la perle avant de gober l’huître. Situés aux deux extrêmes de l’échelle américaine, leurs propriétaires se vantent d’être « smart », comme le milliardaire Trump : ils ne paient pas de taxes.

Qu’est-ce qu’un fisco-bateau ? C’est un bateau immatriculé dans une île paradisiaque que les jaloux appellent paradis fiscal. Plusieurs îles des Antilles aspirent au titre de la plus accueillante : la Barbade, les Bermudes, les Bahamas, les îles Caïmans, les îles Vierges, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Antigua-et-Barbuda. Les eaux transparentes et cristallines de leurs rivages se brouillent dès qu’un curieux vient y chasser le requin.yacht2

Sous les tropiques, l’immatriculation d’un méga-yacht se fait en sifflotant Don’t worry, Be happy. Un propriétaire humble et discret peut même se faire représenter par l’homme de paille d’une société-écran. Les conditions sont cool, man : tarifs d’enregistrement abordables ; taxes très réduites ou inexistantes ; contrôles de sécurité élastiques ; liberté d’engager des équipages à bon marché. Ça commence bien des vacances.

Une fois immatriculé, le méga-yacht peut voguer allègrement sur les flots bleus de l’évasion avec son pavillon de complaisance dans le vent.

Ils décorent bien une poupe, ces jolis pavillons. drapeauCeux d’anciennes colonies britanniques arborent le Union Jack accompagné d’armoiries agrémentées d’étoiles, de tortues, de perroquets, d’ananas ou de petits poissons. D’autres affichent un soleil levant, un trident de Poséidon, des couleurs de reggae. Festifs.

Citoyen du monde, le propriétaire de méga-yacht prête allégeance à deux drapeaux. À Wall Street, il vibre, la main sur le cœur, devant la Bannière étoilée.

À Miami, à bord de son yacht, il salue au champagne le pavillon des Bermudes devant un serveur mexicain pas très smart qui, lui, paie ses impôts.

texte et images  @ Michel Lopez         collaboration @ Monique Joly