Coney Island, Brooklyn: Hors-saison.

Tout le monde descend ! Au début de la ligne Q du métro, les tours de Manhattan ; au terminus, l’océan Atlantique. Depuis l’aube des temps modernes, Coney Island est l’oasis d’été du petit peuple de New York. Chaque été, des vagues de familles y déferlent avec marmaille et pique-nique pour fuir la fournaise de la mégalopole. Aujourd’hui, c’est novembre. S’il avait plu, la mer aurait été grise à pleurer. Mais un beau soleil vif teinte l’air frisquet d’une mélancolie douce comme un foulard de laine.

boardwalkLe boardwalk désert nous appartient, flâneurs bras dessus, bras dessous. Hors-saison, les grands espaces conçus pour les foules en liesse n’ont comme écho qu’un immense silence. Les enfants sont à l’école. Sur la jetée, des bébés dorment dans leur poussette ; des mamies sur leur banc regardent le ciel, les yeux fermés, une couverture sur les épaules. Au bout de l’âge, un rayon de soleil sur la joue devient une fête. coney-jetee-pecheurDes retraités ukrainiens et cubains palabrent dans une langue d’autrefois en gardant un œil sur leurs cannes à pêche fixées au parapet. Devant eux miroite la Lower Bay de New York par où leurs parents sont arrivés, entassés dans des navires pour vivre le grand rêve de l’Amérique.

Nous contemplons cette baie que nous avons déjà traversée à bord de ZEN : au loin, la pointe de Sandy Hook qu’il faut bien contourner pour éviter les hauts fonds avant de gagner l’Atlantique.

soaring-eagleDerrière nous, Luna Park, ancêtre des Disneyland de la Terre, sommeille dans ses quartiers d’hiver. luna-park-1Derrière les grillages, on répare, on nettoie. Au cœur de la Wonder Wheel, un soudeur fait jaillir une gerbe d’étincelles. Lunes, soleils, étoiles filantes, les guirlandes de loupiotes et néons qui dessinent les enseignes sont à des années-lumière des écrans DEL de Times Square. Bubble Gum et Tuti Frutti dominent la palette de ce mini Las Vegas rétro où il y a toujours un toutou à gagner.

wonder-wheell-2Luna Park fait encore rêver les enfants dans les manèges où se sont connus leurs grands-parents. Août 1952. Dans les montagnes russes du Cyclone, mamie hurle d’effroi, la bouche en cœur. Papy Brylcreem, le torse bombé, ose son bras autour de son épaule. Nostalgie des jours heureux où Donald s’appelait Duck.nathans-2

Le soleil froid pâlit sur l’horizon. Seule s’illumine l’enseigne de Nathan’s Famous, renommé dans l’univers depuis 1916 pour ses hot-dogs ketchup-relish-moutarde.

La pointe de Sandy Hook s’estompe. Le vent de marée dessine des frises sur la baie. Col relevé au bout de jetée, Monique et moi fredonnons en faussant la chanson de Cabrel : « La mer quand même dans ses rouleaux continue son même thème, sa chanson vide et têtue, pour quelques ombres perdues sous des capuchons. On doit être hors-saison. »

Texte et images @ Michel Lopez          Collaboration @ Monique Joly


LATITUDES vous souhaite de joyeuses Fêtes. Continuez de voyager avec nous. Vous découvrirez des lieux hors des sentiers battus et des gens hors des avenues convenues. Au coin de la rue. Aux quatre coins du monde.