ZEN : Aube dans le golfe du Saint-Laurent

Nuit du 30 juillet 2016. Zen et son compagnon Aquarius poursuivent leur traversée de Gaspé aux Îles de la Madeleine. Le bon vent de la journée, essoufflé en début de nuit, a fait du golfe un miroir où se reflète toute la Création étoilée.

La mer est d’un noir d’encre malgré le ciel constellé. Le dernier croissant de la lune se lèvera un peu avant le soleil. Quelques étoiles filantes sur fond de Voie lactée surprennent mon regard engourdi. Le golfe est désert, hors des zones de pêche, hors de la route des grands cargos. Très haut dans le ciel flashent les feux des longs courriers qui font le pont entre l’Europe et l’Amérique. Seule présence humaine si lointaine. Au large, on a toujours un peu hâte de voir l’aube se lever. Même si la nuit en mer est belle, ce n’est pas vraiment chez nous.

3 heures du matin. À la barre de mon dernier quart, sous mon capuchon d’imper, je guette le jour qui n’arrive pas. Comme une aiguille d’horloge qui se sent observée, l’aube prend désespérément son temps. Enfin, une présence immatérielle estompe l’horizon du côté de l’est. Banc de brume, mirage marin ou aurore boréale égarée ? C’est bien le jour qui point. La lueur est diffuse et confuse, entre le blanc bleuté et le bleu laiteux. Je relève mon col et frissonne. L’aube est humide, dénuée de chaleur. Parce que j’espérais avoir plus chaud avec un peu de lumière, j’ai encore plus froid qu’avant.

ZenAube3Lentement, la clarté s’affirme, délaisse le délavé blafard et se teinte d’ocres d’aquarelle. Elle étend son rayon autour de l’horizon et imbibe jusqu’au zénith la voûte du ciel en éteignant les étoiles. Seul l’ouest stagne encore dans des limbes de grisaille.

Le cercle de l’eau s’élargit autour du bateau. Mes yeux aiguisés par la moindre lueur relâchent enfin le guet. Tout improbable bateau sera maintenant bien en vue.

Enfin, l’aube se fait aurore. Une poignée de nuages au ras du ciel prennent l’incandescence des tisons et laissent émerger le croissant, puis la boule du soleil.

Zen éteint en tête de mât ses feux de navigation et maintient son cap de 150o vers les Îles de la Madeleine.

texte et images © Michel Lopez          collaboration © Monique Joly