Jane’s Carousel : Brooklyn, New York

Les enfants du Jane’s Carousel n’entendent pas le flot sourd du trafic qui s’écoule nuit et jour là-haut sur le pont. Ils sont dans un autre monde.

Le Jane’s Carousel est blotti au pied du pilier sud du Brooklyn Bridge. Oasis d’innocence au milieu de l’immense ruche de l’Amérique business. Clin d’œil nostalgique du bonheur tout simple de l’ère prévidéo.

Carrousel PontPour se protéger des intempéries qui ont mis en péril sa première vie, le carrousel s’est réfugié sous un chapiteau de verre. Ses immenses baies vitrées encadrent les paysages du New York mythique : la silhouette du Manhattan Bridge immortalisée par l’affiche du film Anny Hall de Woody Allen ; la East River industrieuse aux eaux labourées par les barges et les bateaux-taxis ; la pointe de Manhattan hérissée de tours dominées par la Freedom Tower, fier doigt d’honneur de 104 étages.

CarrouselL’écrin futuriste a élégamment épuré ses lignes pour laisser briller le joyau de ces lieux. Sa rotonde est un prisme qui inonde le carrousel de soleil et renvoie vers le ciel ses lumières de fête foraine dès la nuit tombée. Rencontre réussie d’une esthétique minimaliste et d’un rococo exubérant.
Les frises dorées du carrousel et ses enjolivures finement ciselée Champêtresencadrent des scènes champêtres d’un impressionnisme naïf : un ruisseau dans les couleurs d’automne, des enfants en culottes courtes à la pêche à la ligne, une bergère aux joues roses et ses blancs moutons. Ses guirlandes de loupiotes au filament incandescent reflètent leurs 25 watts dans ses miroirs et parures de verroterie. Images sages ressurgies d’un autre siècle ; charme suranné d’une époque qui fleure bon la barbe à papa.

IMG_3102Le carrousel compte 48 mustangs pimpants, bichonnés, beaux comme des sous neufs. Parés pour une parade impériale, ils hennissent dans un grand éclat de rire muet, figés pour l’éternité au petit trot ou au grand galop.

Trois coups de la cloche. Le manège s’ébranle ; les chevaux s’ébrouent. Des tubas pistons pompent les trois temps d’une valse bavaroise. Après un départ en puissance, le rythme s’accélère, le Um Pa Pa – Um Pa Pa prend son rythme de croisière. La vitesse entraîne lumières et couleurs dans un flou circulaire. Bien en selle, les enfants rient, les enfants rêvent, preux chevaliers et fières amazones. À chaque passage, ils agitent la main pour papa et maman, émerveillés, le téléphone-caméra tendu au bout du bras.

Au crépuscule, la complainte d’un orgue de barbarie lance le dernier tour de piste. Le Carrousel de Jeanne laisse s’envoler vers le pont de Brooklyn la nostalgie des rues pavées de Paris.


Le Jane’s Carousel a été créé en 1922 par la Philadelphia Toboggan Company. Il a été installé au Idora Park à Youngstown, en Ohio, une ville sidérurgique très prospère à l’époque. En 1984, lors d’une vente aux enchères, Jane et David Walentas ont acheté le carrousel entier pour éviter sa vente en pièces détachées. Le carrousel était en très mauvais état. Dans son studio de DUMBO à Brooklyn, Jane Walentas a procédé pendant des années à sa restauration minutieuse. Beau comme à son premier jour, le Janes’Carousel a ouvert ses portes au public le 16 septembre 2011 dans le Brooklyn Bridge Park au bord de la East River, à New York.

texte et images © Michel Lopez         collaboration © Monique Joly