Nicaragua : Transports hors du commun

Les autobus du Nicaragua arborent fièrement des citations bibliques. Dios bendice mi camino. Dieu bénit mon chemin, car c’est un chemin de croix. El Señor es mi pastor. Le Seigneur est mon berger, car les passagers voyagent comme du bétail. L’odyssée relève de l’acte de foi. On embarque avec son testament, Nouveau ou Ancien.

IMG_2924IMG_2921Les autobus interurbains du Nicaragua sont plus déglingués que les autobus inter-patelins de troisième classe du Mexique, eux-mêmes des reliques d’autobus scolaires américains.

IMG_2498L’autobus nica part à l’heure plus ou moins prévue ou lorsqu’il est plein. Pour sécuriser sa place sur une banquette fatiguée format écolier, il faut grimper à bord de l’appareil à l’avance et suffoquer pendant que le personnel charge des sacs et des corbeilles de marchandises sur le toit. On assiste alors au défilé des matrones qui se frayent un chemin dans l’allée en claironnant le nom de boissons et collations non identifiées.

IMG_2486Une fois que l’autobus a fait le trop-plein d’humains, il s’ébroue dans un tintamarre de tôle, lâche un coup de corne rauque, crache un nuage de diesel et cahote vers la sortie du terminus poussiéreux.

IMG_2491 (2)Puisque l’autobus est plein à craquer, le gringo naïf pense qu’il s’agit d’un express qui ne s’arrêtera plus. Il ne connaît pas les talents de rabatteur du contrôleur de billets. Acrobate de haute voltige, debout sur le marchepied, il s’étire en rappel à l’extérieur du bolide en marche pour haranguer les prochains voyageurs et leurs bagages.

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Le contrôleur de billets est aussi contorsionniste. Avec sa liasse de cordobas au poing, il se faufile dans le magma humain pour percevoir le passage. Pas de billets. Comment sait-il qui est monté quand pour aller où ?

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Granada-Masachapa : 3 autobus. 3 heures. En partie debout. 88 kilomètres. 52 cordobas. 2 dollars. Le socialisme sandiniste a quand même du bon.

texte et images © Michel Lopez