Skieur boréal

Dans l’immense silence de la forêt nordique, le nouveau coureur des bois progresse. Sous ses skis défilent les deux rubans de la piste. Il progresse, mû par un mécanisme d’horlogerie, un pas glissé après l’autre, dans un bruissement de neige.  De ses lèvres couvertes de frimas s’échappe un jet de vapeur régulier. Il a croisé un ou deux skieurs ce matin. Il en rencontra peut-être un autre dans une heure ou bien deux.

Ski gauche, ski droit. Bâtons plantés bien devant et ramenés en arrière, comme la perche d’un piroguier. Son regard fixe la piste, s’égare parfois sur les traces d’un lièvre puis se braque de nouveau droit devant. Ne pas perdre la concentration.Cimes

Libéré par cette cadence hypnotique, son esprit s’envole. Le vent de la montagne se lève. La cime des bouleaux oscille, leurs troncs mouchetés craquent, engourdis par le gel. Au loin, le cri d’un oiseau, une perdrix peut-être. Et toujours le glissement des skis qui ponctue le silence. Des pensées imprécises traversent le grand blanc de son esprit, peuplé de nuages et de longues dunes de neige. Un long moment s’écoule, engourdi.

Le souffle du skieur se fait plus court et ses pas plus traînants. Son esprit retombe dans son corps alourdi par le rythme plus lent. Il a déjà fait la moitié du chemin, à peine la moitié.

texte et images © Michel Lopez