Nicaragua : Journée internationale de la femme

Día Internacional de la Mujer à Masachapa. Le gouvernement sandiniste inaugure un projet social de 28 maisonnettes pour remplacer un squat de tôles qui a poussé entre un champ de canne à sucre et un champ de poussière. Tout le gratin politique est sur la scène face à un parterre de femmes entourées de leur marmaille. Comme c’est la Journée de la femme, les hommes ont été réquisitionnés pour tenir les poteaux du chapiteau harcelé par le vent.

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C’est aussi jour de fête pour les enfants. Un clown haut en couleur assure un savant équilibre entre animation et discipline.

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Sur la scène, les notables se relaient pour rendre un vibrant hommage à la vaillante femme nicaraguayenne dévouée, maternelle, socialiste et chrétienne. Sceptique aussi : elle s’est souvent fait chanter la sérénade avant de se retrouver enceinte et mère célibataire.

À tout seigneur tout honneur, la position de tête revient au pasteur. De quelle église ou secte ? Difficile à dire. En Amérique latine, la très sainte Église catholique se fait sonner les cloches par les évangélistes, baptistes et autres preachers américains. En vérité je vous le dis, mes bien chers frères… et sœurs, le vrai promoteur de ce projet social, c’est Dieu lui-même, sans qui rien ne se fait. Amen.

Le pasteur passe ensuite le témoin à l’alcade, le maire. Ironiquement, le maire s’appelle Noël : le maire Noël. Le maire précédent avait le look mafioso-bagouses-chaîne-dans-le-poil-du-torse. Il s’est enfui avec la caisse sous le bras dans un pays de Tintin chez les Picaros. Le nouveau maire Noël est-il plus honnête ? Au moins, il se présente bien et fait une allocution sobre, exempte de clichés trop ampoulés. Ou bien, humble fantassin de la révolution sandiniste, il garde le champ libre à la vedette de la journée : la ministre de l’Instituto de la vivienda urbana y rural (ministère du Logement).

Instantané

Coiffée d’une casquette de baseball vénézuélienne, moulée dans un t-shirt orné de slogans sous un féminin chemisier à fleurs extra-large, la ministre saute lestement dans le ring, micro au poing. D’emblée, elle attaque par une citation du Comandante Chavez, ami du Nicaragua, parti sur le chemin de l’immortalité : « El amor que alberga el corazon de la mujer es la fuerza sublime para salvar la causa humana. Son ustedes la vanguardia de esta batalla. » Les femmes applaudissent modestement. Elles luttent dur tous les jours et sont heureuses d’apprendre qu’elles sont l’avant-garde de la bataille qui va sauver la cause de l’humanité.

La bouillante ministre enchaîne avec une harangue sur la solidarité, l’égalité, la justice, le pouvoir citoyen, le partage des responsabilités et le droit à un logement digne. De son poing exalté, elle pousse ses décibels révolutionnaires aux barricades pour l’assaut ultime.

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Publicitaire rusé, bidouilleur de slogans, je vois venir gros comme un camion le punch de son feu d’artifice. Milagro de Dios. Le quartier inauguré, ex-squat de tôles, s’appelle curieusement Milagro de Dios (Miracle de Dieu). Pitié, Madame la Ministre, ne nous faites pas le coup du miracle de Dieu ! Trop facile, trop racoleur, trop dégoulinant de populisme. Ne le dites pas !

Elle l’a dit.

« Compañeros, c’est un miracle de Dieu, mais c’est aussi un miracle de notre président, le Commandant Daniel Ortega, et de sa femme, la compañera Rosario Murillo ! »

texte et images © Michel Lopez