Saint-Laurent sur glace

Cap-aux-Oies

Le Saint-Laurent est un ciel. Ses glaces sont ses nuages, changeantes au gré du vent, des marées et des courants.

Il faudrait passer l’hiver à contempler le Saint-Laurent pour comprendre le ballet de ses glaces. Le regard distrait qui parcourt le paysage ne voit qu’une morne steppe arctique, clairsemée d’espaces d’eau encore libre. S’il prend un bouleau de la rive comme repère, le même regard perçoit l’immobilité se mouvoir en une lente dérive.

Saint-Joseph-de-la Rive
Saint-Joseph-de-la Rive

L’été, le mouvement d’horloge de l’eau est invisible. L’hiver, les glaces cristallisent le puissant balancier. À marée descendante, elles glissent de l’amont comme une rivière dans le fleuve. À marée montante, elles entament leur vaillante ascension à vitesse géologique. À l’étale, lorsque le balancier arrive en bout de course, tout se suspend. Parfois, un flot de glaces montant en croise un descendant : le fleuve est sillonné de courants et de contre-courants.

Chapelle de Port-au-Persil

En été, les courants ne sont sensibles qu’au navigateur qui garde l’œil sur son loch et son compas. En hiver, ils façonnent d’immenses méandres sur les plaines d’eau. Parfois, ils emmènent toute la banquise au large, parfois ils la soudent contre la rive.

Traversier de l’Isle-aux-Coudres

Le Saint-Laurent n’est pas encore tout à fait figé. Le sera-t-il aux grands froids de février ? Il faudrait passer l’hiver à le contempler.

texte et images © Michel Lopez