Paris : Le climat s’échauffe.

29 novembre. La manifestation sur le climat a été interdite en vertu de l’état d’urgence décrété après les attentats. Des centaines de CRS Robocops sont déjà en poste, visière baissée sur le casque, bouclier au poing, matraque à la ceinture. Des milliers de citoyens convergent vers la place. Le mercure commence à monter.IMG_8996

Place de la République : haut lieu de Paris en deuil ou en colère. Au centre, le grand monument accueille les derniers hommages aux victimes des attentats. Les lampions se sont éteints ; les bouquets se sont fanés ; l’heure n’est déjà plus au recueillement. L’air s’électrise, chargé d’exaltation et d’appréhension. Une nouvelle tête brûlée pourrait faire exploser sa haine au milieu de la foule. L’écho des sirènes rebondit sur la façade des immeubles chics avoisinants. Les tam-tams de carnaval brésilien se font tambours de guerre. Des clameurs de chants militants jaillissent de groupuscules pour tenter de faire boule de neige. Les visages sont plus jeunes qu’à la chaîne humaine pacifique organisée plus tôt sur le boulevard Voltaire. Certains sont masqués : frimeurs ou casseurs ?IMG_4251

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Une troupe de saltimbanques grinçants amorce le jeu de 1, 2, 3. Soleil ! Nez rouge, joues enfarinées, ils sont plus près du Joker que du clown de fête d’enfants. Chaque enjambée du jeu rapproche les insolents du mur noir de la répression. Ils grimacent comme des gargouilles et se contorsionnent comme des pantins possédés sous le nez des boucliers. Pure provoc’ sans insultes. Le bon vieux « CRS – SS » de mai 68 n’est plus au répertoire.IMG_4287

La tension monte d’un cran. Changement de climat. Gaz à effet de guerre. L’air s’embrouille de fumée bleue lacrymogène. Deux détonations sourdes provoquent un mouvement de foule. Mauvais souvenirs. Les modérés, les touristes et les selfies évacuent la place, filtrés aux barrages de police qui obstruent chaque rue d’accès.IMG_8980

La Place de la République est maintenant une souricière. Les CRS, impassibles comme des chats jusque-là, vont bondir dans l’arène.

texte © Michel Lopez     images © Michel Lopez et Mary-Ann Beall