Poissons sur deux pattes à Masachapa

Sur la plage de Masachapa, au Nicaragua, les villageois se promènent avec leur poisson comme les Français avec leur baguette. Pas sous le bras, quand même. Frais débarqué de la chaloupe revenue de sa nuit, le poisson poursuit son chemin sur deux pattes en direction de sa casserole, poêle ou grille de barbecue.

Le transport est écologique, sans sac de plastique ni coûteux système frigorifique. Le poisson se porte à bout de bras avec un léger mouvement de balancier pour assurer la ventilation. La macarela se transporte par le bout de la queue effilée qui offre une bonne prise. Le pargo, plus gros, s’empoigne fermement par les ouïes. Certains ambulants optent pour la technique mixte ouïes-queue pour transporter une grappe de poissons.

Sur la plage de Masachapa, le poisson est un accessoire naturel, presque un prolongement de soi. Selon les arrivages, la tendance est pargo blanc, pargo rouge (vivaneau), macarela, barracuda, corvina ou tiburón (requin).

On marche le poisson à la main. On se croise le poisson à la main. On se salue, on discute poisson, le poisson à la main.

On affiche son statut social le poisson à la main : un gros pargo rouge pour le nanti ; une corvina riquiqui pour le gagne-petit.

texte et images © Michel Lopez